Une historiette de Béatrice - V

« QUOI ? 13 euros pour ce petit livre ? »
Guide Joanne des Landes, 1906.

Gober

Gober, v. a. Avoir de la sympathie pour: C'est un bon compagnon, je le gobe.
Se gober, Être infatué de sa personne.

Eugène Boutmy - Dictionnaire de l'argot des typographes, 1883

Un épisode de la Censure


  • 13 juillet (1940) – Bernard Grasset adresse un mémorandum à François Pietri, ministre de la communication de Vichy rappelant son opposition virulente à la loi Jean Zay et demandant que lui soit confié le mandat de négocier avec les Allemands toute question touchant l’édition. Il souhaite unifier le régime de la chose écrite en France en « supprimant la fiction de deux zones ». Il écrit quelques jours plus tard à son auteur maintenant vedette Frédéric Sieburg, collaborateur du nouvel ambassadeur Abetz : les éditeurs français doivent franchement accepter la censure politique de l’occupant sans ordres ni consignes, de leur propre chef ; telle sera la base d’un futur « statut de l’édition française à tous le moins acceptable par des Français authentiques 1 ».
1. Jean Bothorel, Bernard Grasset

Pierre Hébey, La Nouvelle Revue Française des années sombres – Gallimard 1992 (p. 215)

On avait promis de parler de Bernard Grasset comme précurseur de l’édition contemporaine. On n’omettra pas de le faire ultérieurement, mais il était tentant ici de resituer le même à propos de la censure pendant la guerre, en complément de ce qui fut évoqué dans les commentaires d’un billet récent.

Galerie

Galerie, s. f. Salle de composition, le plus ordinairement de forme rectangulaire. Les rangs sont placés perpendiculairement à chacun des grands côtés du rectangle. L'espace laissé libre au milieu est en partie occupé par les marbres.

Eugène Boutmy - Dictionnaire de l'argot des typographes, 1883

Les "offices"
(2e round)


On vous a précédemment exposé le fonctionnement du système de l’office de librairie. Il n’est pas rare du tout de trouver des libraires pour s’en plaindre, insinuant que ce système leur était imposé. Mais en fait, l'est-il ? On ne le croit pas un seul instant. A tout moment le libraire peut décider de refuser de travailler de cette manière et aucun éditeur n’a le pouvoir de l’y contraindre. Mais alors, pourquoi est-ce si difficile ?
Faisons un retour dans un passé relativement proche, à l’aune de l’histoire du livre, puisque nous allons nous reporter à l’immédiat après-guerre.
Cette époque est marquée par un important renouveau du livre. Plusieurs années de censure avaient oblitéré des pans entiers de la littérature mondiale. Le lecteur français n’avait de loisirs que dans la littérature ancienne ou celle avalisée par les occupants. Ainsi, si l’on ne désirait point lire les collaborateurs et si l’on avait quelques difficultés – évidentes - pour se procurer la littérature clandestine, restaient les romantiques français ou allemands, traces que l’on retrouve parfois dans les essais qui tournent autour de la littérature et de la philosophie, comme dans les textes de Bachelard, par exemple. On se doute que la Libération fut l’occasion d’un important raz-de-marée littéraire où nouveaux auteurs et anciens, souvent anglo-saxons, submergèra les rayons des librairies. Citons aussi bien Melville qu’Erskine Caldwell, Faulkner ou Hemingway, etc. Il ne faudrait pas non plus oublier le cortège immense de romans populaires, intronisés par la Série Noire et par la myriade de petites collections plus ou moins satellites, à l’inspiration inégale et dans laquelle allaient s’exprimer des imitateurs parfois talentueux, comme Vian aux Éditions du Scorpion. La demande de livres fut considérable, bien que très souvent le papier en fût de très mauvaise qualité, le rationnement de cette matière s'étant fait sentir bien longtemps après que d’autres rationnements eurent pris fin.
Et les libraires dans tout cela ?
Eh bien leur situation était malaisée. La profession, comme tout commerce de l’époque avait été malmenée par les années de guerre. La trésorerie restait somme toute modeste. Comment arriver à répondre à l’avidité de lecture qui régnait alors ? Rappelons qu’à l’époque, le libraire était un commerçant qui entretenait un fonds avec une rotation assez lente à l’égal, d’ailleurs, du travail de l’édition. Une nouveauté mettait du temps à apparaître, même si au tournant des années 30 un éditeur comme Bernard Grasset avait jeté les bases du fonctionnement de l’édition contemporaine (nous y reviendrons un jour, si cela vous amuse…) Comment, donc, arriver à satisfaire une clientèle sans mettre en danger le fonctionnement de ce commerce ? C’est que tout s’accélérait et l’on risquait fort de commander des ouvrages pouvant être rapidement périmés. Il semble bien que le système des offices fut à l’initiative des libraires eux-mêmes. Cette information me fut confirmée par M. Henri Desmars, libraire et historien du livre. Et cela se tient. Ainsi, à côté d’un fonds à rotation lente, le professionnel pouvait espérer faire face à une demande accélérée de livres sans risquer de rester avec un fonds invendable. Par ailleurs, l’éditeur ne pouvait que souscrire à une proposition qui lui apportait un budget régulé…
Ainsi, le flot des nouveautés se régula et occupa de plus en plus de place au sein de la librairie. Reste que de nombreuses collections continuaient leur existence paisible. Des pans entiers de littérature classique (souvenons-nous des Garnier Jaunes qui se déclinaient du reste en quelques séries luxueuses) ou de collections consacrées au beaux-arts (comme L’Univers des Formes) continuaient une sorte de majestueuse existence, ponctuée ça et là de la parution relativement discrète d’un nouvel opus.
Comme on le constate actuellement les choses ont changé. Et assez peu subtilement. Exit les Garnier Jaunes et L’Univers des Formes, rares sont les livres dans une librairie qui ne sont pas retournables. Cela s’est entériné entre le milieu des années 70 et les années 80. La rationalisation et les gestionnaires imposèrent la disparition d’un stock qui s’inscrivait au passif du compte d’exploitation. Il n’est du reste pas innocent que les inventaires de librairie se font aux plus creux des livraisons d’offices et hors période de fêtes. Cette fièvre éradicatrice du fonds se fait sentir également chez les éditeurs qui ont supprimé nombre de collections dont la rotation n’était pas satisfaisante. Il n’est pas anodin de savoir que le contrôle de gestion de nombre d’éditeurs doit beaucoup à celui qui est pratiqué dans la presse, pondéré tout de même par le fait que la périodicité est légèrement plus longue qu’un produit de presse.
Quoique.
Cette évolution « naturelle » du stock de librairie tient à plusieurs causes et à plusieurs acteurs. Pour le moment, nous n’avons impliqué que le libraire et l’éditeur. En réalité, il y en a d’autres. Mais nous réservons nos cartouches !
En somme, le métier est perverti par un système qu’il a lui-même mis en place. De plus en plus, l’office a grignoté l’exploitation du fonds de librairie. Certes, quelques professionnels continuent d’exploiter un rayon suivi… enfin presque. Il arrive que ces ouvrages de fonds soient le fruit d’une promotion de la part de l’éditeur qui s’apparente à l’office bien que cela ne concerne pas les nouveautés. Le livre est retournable avec le même système de crédit sur le compte. En définitive, la présence de ces livres n’est pas redevable aux désirs du professionnel. On peut vérifier cette volatilité, si l’on est patient et un peu pervers, d’une année sur l’autre (fort heureusement, il reste encore quelques personnes qui travaillent différemment…)
Alors quoi ? Ces livres appartiennent bien aux libraires, non ? Cela a été payé.
Ah oui certes, ils sont à lui. Mais il ne les a pas choisis expressément, et il peut les retourner.
On vous laisse y gamberger jusqu’à notre prochain round.
Celui-ci sera l’occasion de revenir sur le fonctionnement de la distribution du livre.

Gail

Gail, s. m. Cheval.

Eugène Boutmy - Dictionnaire de l'argot des typographes, 1883

Nos 10/18 (26e partie)

A l'occasion de la parution du billet de George Weaver, j'avais suggéré la chose suivante dans les commentaires : "Il ne me reste donc plus qu'à faire un appel vibrant aux lecteurs de ce blog pour les convier à un petit jeu : Rassemblez tous vos 10/18, sélectionnez-en (pas plus de 10) et expédiez-m'en les scans de couverture, histoire de faire une sorte de panégyrique de la collection ! [...] "
A notre petit jeu, il nous faut également associer le spectaculaire labeur d'Adria Cheno au sujet de cette collection sur son site. Allez donc vous en rendre compte ici.

Quatrième - et provisoirement ? - dernière partie de la série des 10/18 appartenant à Eva Truffaut. On verra ici des éléments plus contemporains que ce que nous avons l'habitude de reproduire. Félicitons-la de ce choix, toujours aussi exigeant.
Comme d'habitude, je vous rappelle ses divers blogs :
archive & mythologie des lucioles,
365 Blanc,
© eva truffaut,
the maresfield gardens noctambulist.

Dictionnaire Littré en 10/18
n° 190

Virginia Woolf : Journal d'un écrivain - 1
n° 1138

Virginia Woolf : Journal d'un écrivain - 2
n° 1139

Jim Harrison : Un bon jour pour mourir
n° 1988

Edmund White : Un jeune américain
n° 2252

Virginia Woolf : Une chambre à soi
n° 2801

Edward St Aubyn : Peu importe
n° 3157

Henry James : Du roman considéré comme un des beaux-arts
n° 3186

Edward St Aubyn : Mauvaise nouvelle
n° 3199

Edward St Aubyn : Après tout
n° 3228

Si vous désirez envoyer votre propre liste, s'il vous plaît, faites des scans avec une bonne résolution (c'est la rentrée !) et surtout communiquez-moi les numéros dans la collection et l'achevé d'imprimer ou bien la date du dépôt légal...
Merci.

Frusques

Frusques, , s. f. pl. Vêtements : On a gardé ses frusques au garni. Commun aux autres argots parisiens.

Eugène Boutmy - Dictionnaire de l'argot des typographes, 1883

Une historiette de Béatrice - IV

- « Maman, maman, tu m’achètes un livre ?
- Et pour quoi faire ? Tu ne sais pas encore lire ! »

Fripe

Fripe. s. f. Nourriture. Ce mot est aussi employé dans le langage populaire.

Eugène Boutmy - Dictionnaire de l'argot des typographes, 1883

Les "offices"
(1er round)


Il arrive de temps à autre sur ce blog que l’on se mêle de parler de certaines pratiques qui ont cours dans l’univers du livre neuf avec des termes qui, pour le professionnel, semblent toujours recouvrir une évidence mais peuvent sembler difficile à comprendre pour qui n’est pas au fait de certaines pratiques. Ainsi, le système des offices n’est pas un concept si évident qu’il faille se passer d’une explication sur le sujet. Ce que l’on a coutume d’appeler un « office » est en réalité un envoi d’office d’un certain nombre de livres, conformément à un accord passé entre deux contractants ou plus (nous allons garder ce duo pour plus de simplicité), c'est-à-dire entre l’éditeur et le libraire. Ce système ne peut être assimilé à un dépôt de livres. Dans le cas du dépôt – et comme son nom le laisse supposer – les ouvrages sont remis au libraire qui ne paiera l’éditeur que si une vente à été conclue, lui rétrocédant ainsi immédiatement le montant qui lui revient. Ce système a plutôt cours dans le domaine de l’antiquité et du livre d’occasion. Votre Tenancier peut éventuellement s’y adonner, mais ceci est une autre histoire
Le système des offices ne fonctionne pas comme cela.
Si l’éditeur envoie bien un certain nombre d’ouvrages, il sera payé directement pour cette mise à disposition par le libraire. Cela peut être avec un délai à trente, soixante jours ou même à quatre-vingt-dix jours, fin de mois. En quoi donc, alors, cela se différencie d’un banal système de commande du livre ? Il se trouve que les livres reçus ne sont pas choisis par le libraire mais préparés selon une liste type dont l’élaboration obéit à plusieurs critères suivant le type de librairie, le débit et les spécialités. On appelle cette sorte de typologie une « grille d’office », elle est censée correspondre aux options commerciales du libraire. Cette grille est souvent remise en question et de façon houleuse, on reviendra plus tard dans un autre billet, sur les problèmes générés par cette grille d’office et également sur les raisons historiques de son existence. Concentrons-nous sur l’aspect technique de cette pratique qui est de toute façon assez éclairante sur les difficultés actuelles de la libraire en France, si le lecteur veut bien imaginer le système et en pousser le raisonnement un peu plus avant.
Le libraire a donc bien reçu ses cartons d’office, il en pointe le contenu sur le bordereau qui accompagne l’envoi. Ce bordereau sera récapitulé dans une facture qui lui parviendra avant la fin du mois et courra sur 30, 60 ou 90 jours. Le libraire a donc payé ces ouvrages et il se doit de les commercialiser pour rentabiliser cet envoi. On rappelle que son choix n’a pas été opérant dans l’affaire et, tout au plus, ces livres correspondent grosso modo à ce qu’il aurait pu prendre lui-même, à part que c’est l’éditeur qui a présidé à cette sélection. On note tout de même que le libraire a accepté la grille d’office qui lui a été proposée. On sait que, de ces envois, l’on ne peut tout vendre, ce sont les aléas qui accompagnent tout métier du commerce. Il est des choses qui ne se vendent pas. D’ordinaire, cette marchandise après maintes dépréciations, soldes et confinement aux profits et pertes disparait dans quelque oubliette, allez savoir… Tel n’est pas le cas des ouvrages arrivés par ce système. En effet, le libraire a la faculté de retourner ces ouvrages à l’éditeur. A cette fin, il récapitule sur un bordereau qu’il aura préparé (le fameux bordereau de retour que tout salarié de librairie de neuf a pratiqué de nombreuses fois dans sa carrière) tous les ouvrages qu’il fera repartir, y compris les ouvrages commandés à la suite d’une vente d’un ouvrage ayant fait partie de l’office. Soyons plus clair : Notre libraire reçoit 5 exemplaire de Jean-Émile Tartempion, La Mélodie des Taupes (« roman épique et picaresque mené tambour battant », selon la critique), les mets en place, en vend 58 après de nombreux réassortiments. Et puis la vente stagne, il est temps d’arrêter le suivi de ce titre et bientôt il va falloir les retourner. Eh bien, il aura tout loisir de retourner ces ouvrages jusqu’à concurrence de la quantité reçue à l’office, c'est-à-dire 5 exemplaires (tout ceci est théorique car souvent on la faculté de retourner bien plus, les règles s’étant assouplies, à la longue). Le bordereau rempli, le paquet fermé et expédié, le libraire ne désespérera pas de remplir ses rayons avec un autre office - ce peut être hebdomadaire, bimensuel… - tiens, avec le dernier Marc-Édouard Ladoumègue, Le Crépuscule des Unijambistes (« roman picaresque, épique et mené tambour battant ! », selon la critique) !
Ajoutons que le libraire ne peut plus retourner ces ouvrages après un an. A une époque, certains ajoutaient une peine de sûreté selon laquelle on ne pouvait faire de retour anticipé, c’est à dire pas avant deux ou trois mois de garde…
Une fois cette prestigieuse littérature retournée, on pourrait être en droit d’espérer que le libraire en soit remboursé. Ce n’est pas le cas. Il faut que vous sachiez que tout libraire qui travaille régulièrement avec un éditeur ouvre un compte chez lui, a fortiori lorsqu'est institué ce système. Le montant correspondant à ces ouvrages ne sera donc pas remboursé – puisque cela reviendrait à un bête système de dépôt – mais crédité sur le compte du libraire chez cet éditeur, ce montant sera donc déduit de la prochaine facture.
La comptabilité qui en découle nécessite beaucoup de vigilance, les lignes de crédits et de débits étant les constituantes de quelques veillées tardives chez les libraires. On reviendra également sur ce sujet, générateur d’un fonctionnement pervers qui déborde du commercial pour influencer le secteur éditorial… On fera de notre mieux pour que ce soit bientôt.
Précisons une chose qui n’apparaît peut être pas aux yeux du néophyte et après brève relecture de ce billet. Un carton d’office n’est pas rempli que d’un seul titre en quantités variables. Dix, vingt ou cinquante titres peuvent arriver, tout unimement choisis aussi, bien sûr, selon les critères de cette grille : littérature, biographie, essais de toutes sortes, c’est selon et à votre bon cœur, qui est imaginatif, je le pressens. Il nous faut donc relativiser grandement les espoirs fondés sur la vente du Crépuscule des Unijambistes ou de La mélodie des Taupes car, les vingt exemplaires du Cri des Mouettes à Big Sur par Gilles-Quentin Smarth (« Un grand écrivain picaresque à l’écriture épique, il m’a tout appris !», nous dit Marc-Édouard Ladoumègue) mis en place au même moment ont fait un bide calamiteux : un seul exemplaire vendu… Les dix-neuf autres seront retournés bien sûr, et assez vite !
Ce constat nous amènera sous peu à la suite de ce billet.
En attendant résumons nous : un office est un accord passé entre un libraire et un éditeur afin que ce dernier fournisse au professionnel une certaine quantité d’ouvrages ayant la faculté d’être retournés moyennant un crédit sur le compte du libraire.
Le Tenancier vous en souhaite de belles et va retourner mâchouiller son bâtonnet de réglisse, n’ayant plus droit aux cigarillos mexicains comme Clint.
Quel dommage.

Fricoteur

Fricoteur, s. m. Celui qui fricote, c'est-à-dire qui pille la casse de ses compagnons. Les fricoteurs sont heureusement assez rares.

Eugène Boutmy - Dictionnaire de l'argot des typographes, 1883

Nos 10/18 (25e partie)

A l'occasion de la parution du billet de George Weaver, j'avais suggéré la chose suivante dans les commentaires : "Il ne me reste donc plus qu'à faire un appel vibrant aux lecteurs de ce blog pour les convier à un petit jeu : Rassemblez tous vos 10/18, sélectionnez-en (pas plus de 10) et expédiez-m'en les scans de couverture, histoire de faire une sorte de panégyrique de la collection ! [...] "
A notre petit jeu, il nous faut également associer le spectaculaire labeur d'Adria Cheno au sujet de cette collection sur son site. Allez donc vous en rendre compte ici.

On se souvient sans doute ici de la première liste de Francis Ester (la 14e partie), elle nous valut quelques confusions sur l'identité de son auteur puisqu'il avait un homonyme musicien de jazz. Le choix qu'il nous propose est plutôt passionnant. Il tente d'épuiser en partie le sujet des Colloques de Cerisy dans cette collection. Las ! Il n'y a point celui sur Verne que je recherche d'ailleurs assez désespérément (à un prix modique, je précise). En tout cas nous sommes en plein dans la période que nous affectionnons pour les 10/18 :

René Guénon
Le symbolisme de la croix
N° 479-480
17 avril 1970

Colloque de Cerisy
Bataille
N° 805
1er octobre 1974

Colloque de Cerisy
Bachelard
N° 877
14 août 1974

Colloque de Cerisy
Robbe-Grillet 1& 2
N° 1079 & 1080
1er septembre 1976 & 3e trimestre 1976

Colloque de Cerisy
Francis Ponge
n° 1127
1er trimestre 1977

Colloque de Cerisy
Virginia Woolf
n° 1140
2e trimestre 1977

Colloque de Cerisy
Boris Vian
n° 1184 & 1185
4e trimestre 1977

Collectif
Lecture plurielle de « L'Écume des jours »
n° 1342
4e trimestre 1979

Raymond Bellour
le livre des autres
n° 1267
12 octobre 1978

Signalons que ce jeu ne s'arrêtera que pour deux raisons :
- L'extinction de ce blog
- Le manque de participants (... il y en a encore qui piaffent !)

Fricoter

Fricoter, v. a. Prendre des sortes dans la casse de ses compagnons ; synonyme de Piller.

Eugène Boutmy - Dictionnaire de l'argot des typographes, 1883

Les amateurs détestent l'amateurisme...

Pour cet anniversaire, je ne lui ai pas offert de livre. Je me suis déjà laissé prendre. Une fois a suffi. L’année dernière, j’ai passé deux jours entiers à faire les bouquinistes. Je me suis renseigné, j’ai demandé, tourné partout, rive droite comme rive gauche. Chez Clavreuil, rue Saint-André-des-Arts, où j’ai hésité sur des Atlas du XVIIe siècle, on m’avait dit qu’il les aimait. A la librairie des Arcades, rue de Castiglione, je me suis emballé pour un introuvable d’Aragon. Chez Vrain, rue Saint-Placide, je suis tombé sur une édition originale de Chateaubriand, hors de prix. J’ai hésité, je me suis décidé, j’ai tout décommandé. Finalement, je suis retourné à mon premier choix, une édition originale, reliée du journal de Léon Bloy, un « maudit » de droite, je m’étais dit que ça irait. C’était mon premier réveillon à Latche, le 31 décembre 1993. Le précieux Léon Bloy sous le bras, enroulé dans du papier kraft j’avais le trac et j’étais fier. Il en serait fou, j’en étais sûr. J’ai attendu qu’il soit de bonne humeur, pas trop entouré, prêt à me complimenter, et je lui ai tendu mon paquet. D’abord, il a fait le surpris, il était ravi, impatient, et a arraché avec délices le papier kraft. Il a feuilleté le livre trois secondes, ne s’est arrêté ni sur la page de garde, ni sur la mention de l’édition, ni sur la date. Il l’a peloté machinalement et m’a dit : « Je lisais ça quand j'étais jeune. Mais ça a vieilli. » Puis il a posé le livre en écoutant à peine mon récit d’explorateur exalté qui lui vantait la reliure de l’ouvrage. Il m’a coupé : « La reliure, vous savez, m’a-t-il dit, c’est Danielle, elle adore ça. » Kiejman s’avançait déjà avec ses boutons de manchette de chez Charvet. Et on le fêtait. Pour des boutons de manchette !
J’ai compris. Cette histoire de livres, c’était un piège. On prenait toujours un risque en lui offrant un livre rare.
Le livre, il l’avait déjà. L’œuvre, elle était si majeure que c’en était insultant de banalité. L’édition, elle n’était pas si originale que ça, et quand elle était originale, elle n’était pas vraiment rare... L’habitude devait exaspérer, en vérité. Les amoureux de livres rares doivent être comme les amateurs de vins ou de cigares. Ils ne supportent pas la moindre faute de goût. Ils n’aiment pas perdre leur temps. Ils méprisent les petits joueurs qui se risquent à leur table. Ils ne plaisantent pas. Les amateurs détestent l’amateurisme, ce sont des gens sérieux. Sur cette affaire d’importance, le Président n’avait confiance qu’en lui-même et en Pierre Bergé. Un vrai amateur, lui aussi qui, à la veille d’un cadeau au Président, enfilait son vieux Burberry’s, s’enfonçait une casquette sur la tête et allait trotter dans Paris, en explorateur avisé.

Georges-Marc Benamou
: Le dernier Mitterrand

Obligeamment rentranscrit et communiqué par Bertrand Redonnet

Frère

Frère, s. m. Typographe qui fait partie de la Société typographique. Un vrai frère est aussi celui qui ne refuse jamais de prendre une tasse, et qui ne laisse jamais un autre vrai frère dans l'embarras .

Eugène Boutmy - Dictionnaire de l'argot des typographes, 1883

Fornax vert - Volume 7

Adolphe Joly : Le buveur d'absinthe
Brochure 16 pages sur papier fluo, 12X17 cm. Pas de mention de tirage sur beau papier - Tiré à 100 exemplaires.
Collection Fornax vert - Volume 7
Fornax, MMIII

Frangin

Frangin, s. m. Altération et synonyme du mot Frère, pris au sens naturel. Cette expression est usitée dans d'autres argots parisiens.

Eugène Boutmy - Dictionnaire de l'argot des typographes, 1883

Une historiette de Béatrice - III


La dame avec sa tenue griffée et sa bague « mon revenu annuel » passe 20 minutes à me détailler les défauts du livre ancien qui l’intéresse. Ah la la quel dommage, le relieur va me coûter plus cher que le livre. Et oui madame.
Je reste ferme, avec le sourire.
Ses 15€ elle me les a réglés avec son reste de monnaie, en comptant à voix haute, il me manque un euro, pièces jaunes, il me manque 20 cents.
Pas de cadeau, et mon plus beau sourire. Je suis de bonne humeur.

Fouailler

Fouailler, v. intr. Lâcher, reculer.

Eugène Boutmy - Dictionnaire de l'argot des typographes, 1883

Ce staccato sur le clavier

C’est lors d’une conversation, au déjeuner, avec ma consoeur et amie Irène, qu’une remarque de celle-ci me mit devant une idée qui, tout à fait naturelle pour moi, n’était peut être pas si évidente pour la plupart de ceux qui fréquentent une libraire d’occasion, d’ancien ou toute activité qui ne s’apparente pas à la librairie de neuf, laquelle repose sur une certaine déresponsabilisation de ces acteurs vis-à-vis du fonds. Après vous avoir laissé absorber cette phrase longue, passons à une plus brève :
Mais quelle était cette remarque ?
Développons d’abord et expliquons-nous.
Le sens commun veut que, lorsque l'on fait profession de commerçant – et la librairie en fait partie - on investit fermement dans l’acquisition d’un stock. Ceci est une forme d’engagement. Vous achetez quelques livres – ou même un seul – et espérez en retirer une certaine marge de laquelle vous extrairez un bénéfice plus ou moins substantiel. Dans cet achat, vous engagez votre savoir et votre expérience, vous hypothéquez sur des espérances également, à la merci d’une incertitude ou d’une erreur. Ceci est la congruence d’une somme de savoir et d’un métier qui ne se fonde pas entièrement sur la culture mais également sur l’habitus de vos clients, un marché capricieux ou évanescent, le hasard et parfois la malchance. De cela vous allez extraire un prix fondé sur ces éléments et également en faisant le pari de vous en débarrasser au plus vite. L’argent que vous avez dépensé pour ces ouvrages ne reviendra pas. Vous êtes condamné à vendre ou bien à rester longtemps en face de ces livres qui traînent dans vos rayons et qui vous narguent. Accessoirement, le libraire de neuf, par le système des offices, n’a certainement pas ce genre de perspective, tant il est assuré par des artifices comptables de ne point être privé de livres et même de ne pas avoir à les choisir (on vous racontera un jour comment cela se passe…) Ici, le libraire d’occasion paiera ses bévues au prix fort, sera obligé d’entretenir un fonds conséquent, parfois, s’il n’est pas spécialisé, et s’il l’est d’être assuré que les belles pièces qu’il acquiert manquent bien à ses clients et que ceux-ci ne soient point non plus dans la purée. Mais après tout, ces risques font partie du métier. Si l’on ne prend pas de risques on n’est pas commerçant. On devient alors fonctionnaire du livre appointé par les éditeurs. Il faut donc s’en convaincre, faire le métier de libraire, c’est prendre des paris sur chaque livre dont on fait l’acquisition et sur chaque ouvrage que l’on revend. L’important reste que le ratio entre les réussites et les échecs soit en votre faveur. Le pari est tenu pour la plupart d’entre nous. Il est pourtant un fait qui a évolué ces dernières années. Les données élémentaires du métier ont changé. Si, auparavant, il suffisait d’acheter un lot, d’en faire un juste prix et de le mettre en vente, il est indéniable que désormais ce lot ne vaut rien, pas même la valeur qu’on peut leur attribuer par le fruit de notre expérience. Désormais, quatre-vingt-dix pour cent des ouvrages sont vendu par internet et rien ne peut être vendu si le livre n’a pas été répertorié pour être mis en vente par ce biais.
Et nous en venons justement à la remarque d’Irène, remarque un peu énigmatique et anodine pour le profane : « Nos livres ne valent pas grand-chose si nous ne les travaillons pas ». Cela signifie en toute simplicité qu’aucun livre n’a de valeur s’il n’est pas mis en évidence, que ce soit anciennement dans un rayon, dans une vitrine ou alors plus contemporainement, si je puis dire, dans une page web. Or ceci implique pour ce cas – 90% de nos ventes, je le rappelle – que nous devons les répertorier, les décrire physiquement, effectuer un travail que d’ordinaire nous réservions à nos meilleures pièces et pour nos catalogues. Ce travail là est devenu le quotidien du libraire : nourrir et nourrir encore ce moloch électronique qu’est la base de données des sites de vente spécialisés. Ceci a remplacé la qualité de notre choix par une accumulation paroxystique de « données » qui, au bout du compte abâtardissent notre sensibilité vis-à-vis du livre. Pour résister, certains d’entre nous entretiennent des blogs sur tel ou tel sujet, jamais éloigné de la librairie. Cela compense quelque peu la Grande Désertion des librairies au profit de ces fameux sites. On s’abstiendra de s’en plaindre ici. On l’a déjà fait. On récidivera sans doute. Toujours est-il que nous tentons de conserver un lien, un dialogue...
Ce nouveau paradigme du métier de libraire d’occasion fait que notre approche du livre est devenue également différente pour ce qui concerne les acquisitions. Ainsi, tel ou tel fonds de librairie qui n’a jamais été catalogué sous forme électronique sera fortement dévalué et difficilement négociable en cas de succession ou de cession, par exemple. Il existe désormais une plus-value à tous ces livres : le travail effectif et réel du libraire autour de chaque ouvrage qu’il vend, investissement qui va au-delà du savoir et du flair et dont le signe est ce staccato sur le clavier, bruit qui remplace progressivement le feulement des feuilles entre nos rayons.

Fonctions (Faire des)

Fonctions (Faire des), V. Distribuer, corriger ; aider spécialement un metteur en pages.

Eugène Boutmy - Dictionnaire de l'argot des typographes, 1883

Rentré(e) littéraire

Tous les ans c’est pareil, tous les ans on nous assène le chiffre de parutions nouvelles pour la rentrée littéraire et chaque fois on nous fait le coup de la pléthore de titres qui ne seront jamais lus et l’évaluation de ce qui sera primé ou non. Chaque fois, c’est la même chose, ce ronron assommant qui remplit les lignes sans faillir des pages « Livre » des magazines et des quotidiens pour un non-événement que l’on nomme « Rentrée Littéraire ». Tiens donc ? Vous vous êtes arrêté de lire, vous, en vacances ? Vous avez besoin d’un stimulus particulier pour lire quelque chose qui vous plaît ? Vous êtes des niais, des couillons, des crétins pour vous précipiter comme des lemmings aux devantures des libraires (devanture + librairie = cliché de saison, justement) pour acheter le dernier Durand-Dugenoux ? Vous êtes trop lâches pour vous avouer que ça ne sert à rien, ce que vous lisez, que ce qu’on vous balance depuis des années et que tout le monde vous vante n’est en définitive que du vent ? Que deviendriez-vous si vous aviez à choisir par vous-même ?
Ça vous arrive de vous faire plaisir quand vous lisez ?

En tout cas, si vous vous croyez à toutes ces fariboles, il faut absolument que vous sachiez une chose.
Je vous méprise.

Flémer

Flémer v. intr. Ne pas travailler; flâner.

Eugène Boutmy - Dictionnaire de l'argot des typographes, 1883

Compartiment fumeur


Flème

Flème, s. f., sans doute altération du mot flegme. Paresse passagère.
Avoir la flème, c'est ne travailler qu'à contre-cœur. Cet état est fréquent dans tous les ateliers le lendemain des fêtes carillonnées ou non. Le mot — et surtout la chose — ne sont pas particuliers aux typographes.

Eugène Boutmy - Dictionnaire de l'argot des typographes, 1883

C'est pas pour me vanter, mais...

Votre tenancier vient d'ajouter sa pierre personnelle à une entreprise de démoralisation de la France, au dossier La France qui bugue, dans cette revue ci-dessus. Il y est bien sûr question de livre.

Flémard

Flémard, adj. Atteint de cette maladie qu'on appelle la flème. Le flémard se distingue du paresseux en ce qu'il n'est atteint du vice de ce dernier que par intermittences.

Eugène Boutmy - Dictionnaire de l'argot des typographes, 1883

La neuvième porte

Eh oui, c'est à se demander si l'extrait ci-dessous est criant de vérité. On vous laisse découvrir de quoi il retourne en cliquant sur l'image.


Un rare cas où la bibliophilie a eu du succès auprès du grand public. C'était mérité à mon avis, même si l'on en voit ici un aspect pas très reluisant.

Flèche

Flèche, s. f. Ligne droite tracée à l'encre sur une épreuve et conduisant de l'endroit à corriger à l'indication de la faute marquée sur l'une des marges.
Les flèches ont pour but de rendre la correction plus claire ; elles produisent souvent le résultat opposé. On fera donc bien de s'en abstenir.

Eugène Boutmy - Dictionnaire de l'argot des typographes, 1883

La Téloche du Tenancier


De l'émission norvégienne "Øystein og jeg" - 2001

Feuille de chou

Feuille de chou, s. f. Petit journal de peu d'importance.

Eugène Boutmy - Dictionnaire de l'argot des typographes, 1883

Nos 10/18 (24e partie)

A l'occasion de la parution du billet de George Weaver, j'avais suggéré la chose suivante dans les commentaires : "Il ne me reste donc plus qu'à faire un appel vibrant aux lecteurs de ce blog pour les convier à un petit jeu : Rassemblez tous vos 10/18, sélectionnez-en (pas plus de 10) et expédiez-m'en les scans de couverture, histoire de faire une sorte de panégyrique de la collection ! [...] "
A notre petit jeu, il nous faut également associer le spectaculaire labeur d'Adria Cheno au sujet de cette collection sur son site. Allez donc vous en rendre compte ici.

Troisième opus dû à Eva Truffaut. On relèvera son intérêt pour William Burroughs dont on vient d'apprendre par ailleurs qu'il figurait dans le peloton des auteurs les plus volés en librairie (aux États-Unis, parce qu'ici...) en compagnie de Bukowski et de Kerouac. A se demander si ce n'est pas avoir du goût que d'être malhonnête.
Notons également l'arrivée de Nietzsche et de Stevenson curieusement sous-représentés jusqu'à maintenant. Mais il manque encore beaucoup d'autres auteurs encore. Attendons les prochaines participations.
En attendant, on peut toujours aller ce reposer les yeux dans les différents blogs d'Eva, qui ne sont guère bavards - mais ce n'est pas ce qu'on leur demande :
archive & mythologie des lucioles,
365 Blanc,
© eva truffaut,
the maresfield gardens noctambulist.

Friedrich Nietzsche : Par-delà le bien et le mal
n° 46

Casanova : L’Aventure à Venise
n° 93/94

Robert Louis Stevenson : Le creux de la vague
n° 1172

Robert Louis Stevenson : Voyage avec un âne dans les Cévennes
n° 1201

Chester Himes Mamie Mason
n° 1587

Chester Himes : retour en Afrique
n° 1588

William Burroughs : Queer
n° 1903

William Burroughs : Junky
n° 1904

Chester Himes : Faut être nègre pour faire ça
n° 1956

Willaim Burroughs : Mon éducation - Un livre des rêves
n° 3140

Soyez patient, la suite arrive...

Feinte

Feinte, s. f. Défaut qui résulte dans une page de la feuille imprimée d'une touche plus faible qu'elle ne l'est dans le reste de la feuille.

Eugène Boutmy - Dictionnaire de l'argot des typographes, 1883